Explication du zodiaque de Dendérah

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« La diversité des opinions prouve qu’on ignore la vérité. Il est difficile, peut-être impossible de déterminer l’époque précise à laquelle le Zodiaque de Dendérah a été exécuté

Cette phrase résume à elle seule toutes les controverses nées autour de l’étude de ce Zodiaque découvert en 1799 par le Général napoléonien Louis Charles Antoine Desaix (1768-1800) et qui ornait le plafond d’une chapelle dédiée à Osiris située au sommet du Temple de Dendérah.

Tous les savants du XIXe siècle l’étudièrent et présentèrent leurs conclusions au sein de différentes académies et cercles scientifiques, qui furent publiées.

La Bibliothèque de l’A.M.O.R.C. compte parmi ses pièces du XIXe siècle, une étude consacrée au Zodiaque de Dendérah présentée sous la forme d’un petit livret de 16 pages. L’auteur, Louis Dominique FERLUS, après avoir décrit les étoiles et les constellations qu’il a pu observer sur le planisphère, établit ensuite les différentes correspondances avec le panthéon égyptien. Il évoque également le caractère universel et intemporel des Zodiaques par le recensement de quelques pièces remarquables d’origine arabe, grecque, romaine, indienne, et même gothique.

L’extrait choisi ici, reprend la Notice sur l’antiquité du Zodiaque. Louis Dominique FERLUS y énumère les études de ses différents confrères. Il met en lumière la disparité de leurs conclusions puis s’interroge sur l’étendue extraordinaire de la connaissance des Égyptiens en toute discipline. 

Explication du Zodiaque circulaire de Dendérah, Louis Dominique FERLUS, Martinet, Libraire | 1822

« Pour s’élever à la connaissance de l’antiquité du Zodiaque de Dendérah, il faut avoir une idée juste de la précession des équinoxes. On appelle précession des équinoxes, l’effet des attractions qu’exercent le Soleil et la Lune sur la Terre : cette double attraction fait que l’équinoxe arrive chaque année cinquante secondes plus tôt que l’année précédente, et que la Terre s’avance d’un degré en soixante-douze ans. D’après ce phénomène, il est facile de concevoir que si le Zodiaque de Dendérah ait été exécuté lorsque l’équinoxe de printemps était dans le premier degré du Bélier, ce planisphère n’aurait que deux mille cent soixante ans d’antiquité, puisque l’équinoxe a lieu maintenant dans le signe des Poissons, c’est à-dire, trente degrés plus tôt.

 Dupuis regarde les Egyptiens comme les inventeurs du Zodiaque; les travaux agricoles et les périodes des inondations qui y sont peints , ne pouvaient appartenir qu’au sol de leur pays ; ces figures, dit-il, n’ont pu représenter pour eux ce qui se passait chaque mois dans les cieux ou sur la terre , que lorsque le Soleil occupait, au solstice d ‘été, le signe/du Capricorne selon cet auteur, le solstice aurait rétrogradé de plus de sept signes , c’est-à-dire , du Capricorne dans le Taureau : ce qui donnerait au Zodiaque primitif une antiquité de quinze mille cent vingt ans. M. Visconti pense que le Zodiaque de Dendérah n’est point l’ouvrage des Egyptiens, mais celui des Grecs. Il s’appuie des inscriptions qu’on remarque dans le temple, et qui, selon lui, offrent les noms d’Auguste ou de Tibère ; ce qui fait dire à M. Visconti que ce monument a été exécuté du temps d’Auguste. Le signe de la Balance semble venir à l’appui de son opinion ; on sait que quelques savans ont prétendu que ce signe était une invention des flatteurs d’Auguste ; mais il est certain qu’Hipparque a parlé de la Balance plusieurs siècles avant Auguste ; Zoroastre la désigne comme étant un des signes du Zodiaque; on la trouve, d’ailleurs, représentée sur tous les monuments astronomiques de l’Egypte et de l’Inde.

M. Biot, a fait le 16 juillet 1822, à l’Académie des Sciences, lecture d’un Mémoire sur le Zodiaque de Dendérah. Il a, d’abord, cherché à découvrir par quel procédé les figures du Zodiaque avaient été transportées sur une surface. Si, après avoir imaginé un plan, placé sur un point du globe céleste, on fait passer par ce point, qui sert alors de Pôle, une multitude de méridiens, qu’on relève ensuite ces méridiens pour les porter sur un plan, ces lignes y détermineront les signes de la sphère, dans un ordre semblable à celui où ils se trouvent sur le globe céleste. M. Biot ayant fait la même opération sur notre sphère céleste, il a obtenu un planisphère semblable à celui de Dendérah. Il résulte ensuite des calculs de M. Biot, que le Zodiaque de Dendérah représente l’état du Ciel, tel qu’il devait être 716 ans avant l’ère chrétienne.

M. Halma, qui a publié un ouvrage considérable sur les monuments astronomiques de l’Egypte, porte l’époque du Zodiaque de Dendérah au cinquième siècle avant l’ère chrétienne.

Selon M. Remi Raige, à l’époque de l’institution du Zodiaque, l’année solaire commençait au solstice d’été, puisque Epifi ou le Capricorne désigne très clairement les phénomènes de ce solstice et le commencement de l’année, et que Payni ou le Sagittaire en exprime la fin. D’après cet auteur, l’invention du Zodiaque et les connaissances qu’elle suppose, remontent à quinze mille ans, parce que le Zodiaque a été inventé pour un temps où Epifi, c’est à dire, le Capricorne , concourait avec la plus grande partie du mois de juillet et commençait au solstice d’été ; Messori, le Verseau ou bien août, avec la crue abondante du Nil ; Thoth, les Poissons ou septembre , avec l’inondation de l’Egypte ; Faofi, le Bélier ou octobre, avec l’équinoxe d’automne, époque à laquelle les jours s’obscurcissent et où les troupeaux reviennent au pâturage ; Athyr, le Taureau ou novembre, avec le labourage; Chyak, les Gémeaux ou décembre , avec la germination des grains ; Tybi, le Cancer ou janvier, avec le solstice d’hiver; Mechir, le Lion ou février, avec le temps où la terre est couverte de fruits; Famenoth, la Vierge ou mars, avec les moissons ; Farmouthi, la Balance ou avril, avec l’équinoxe du printemps; Pachon , le Scorpion ou mai, avec les animaux venimeux et les maladies; Payni, le Sagittaire ou juin, avec la fin de l’année. Selon le même auteur, les Egyptiens connaissaient la précession des équinoxes il y a au moins six mille ans ; puisque le Zodiaque nominal nous montre le solstice d’été dans le Capricorne, ceux d’Esné dans la Vierge, et ceux de Dendérah dans le Lion : il faut en conclure que les Egyptiens ont exprimé par ces différens signes la progression des points solsticiaux ; s’ils n’avaient pas eu connaissance de la précession, ils auraient toujours peint le commencement de l’année au même signe. On voit que l’opinion de M. Remi Raige s’accorde avec celle de Dupuis sur le Zodiaque nominal et primitif. Relativement au Zodiaque de Dendérah, Dupuis ne lui accorde qu’une antiquité de 34oo ans.

M. St.-Martin, membre de L’Institut, dans sa notice sur le Zodiaque de Dendérah, cherche à prouver que le monument de Dendérah ne peut avoir plus de 2,700 ans, ni moins de 2,4oo d’antiquité.

La diversité des opinions prouve qu’on ignore la vérité. Il est difficile, peut-être impossible de déterminer l’époque précise à laquelle le Zodiaque de Dendérah a été exécuté. Nous ne connaissons presque pas le langage hiéroglyphique, et l’on ne peut établir l’antiquité de ce monument, que sur des données incertaines. Il est une chose cependant sur laquelle presque tous les savants s’accordent aujourd’hui ; c’est que le Zodiaque de Dendérah est l’ouvrage des Egyptiens, et qu’il a été exécuté avant l’ère chrétienne.

On sait que les Egyptiens avaient des connaissances très étendues en astronomie ;  ils eurent, selon M. de Lalande, les premières idées, du mouvement de la Terre, ou du système de Copernic, dont Aristarque parla ensuite dans la Grèce, ainsi que de la pluralité des Mondes. Proclus nous a conservé des vers, dans lesquels on voit que l’auteur des Orphiques mettait des hommes et des villes dans la Luné. Les Pythagoriciens enseignaient la même chose : or, on sait que Pythagore était redevable à l’Egypte de toutes ses connaissances.

Les Egyptiens n’ignoraient pas le lever et le coucher des étoiles en divers temps de l’année ; ils avaient dressé des tables, comme il paraît, d’après un passage de Diodore de Sicile, où il s’agit du tombeau d’Osimandias, Roi d’Héliopolis. On y voyait un cercle d’or de 365 coudées ; sur chacune on remarquait un jour de l’année, avec le lever et le coucher de chaque astre. Ce Cercle fut enlevé sous le règne de Cambyse, Roi de Perse, lors de la conquête de l’Egypte.

C’est encore une chose très-remarquable que la situation des Pyramides. M. Chazelles, envoyé par l’Académie des Sciences, en 1694, au Levant, pour y faire des observations astronomiques, rapporta que les Pyramides qui subsistent encore, étaient orientées de manière que leurs quatre côtés regardaient précisément les quatre parties du Monde.

Les Egyptiens prédisaient les Eclipses, et c’est d’après eux que Thalès annonça celle qui sépara les armées des Lydiens et des Mèdes, 585 ans avant J. C.

L ‘Egypte a été le berceau des Arts et des Sciences, et toutes les Nations lui doivent, selon Platon, l’écriture alphabétique.

Puisqu’il est prouvé que les Egyptiens avaient des connaissances étendues en astronomie, que leur chronique remontait, selon Hérodote, à des temps immenses, et que presque tous les savants de la Grèce ont rendu hommage au génie de ce peuple célèbre, concluons que le Zodiaque de Dendérah a pu être l’ouvrage des Egyptiens comme les autres monuments que l’on admire dans ces contrées, et que d’après la précession des équinoxes il a dû être exécuté bien avant l’ère chrétienne. »

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